Anass Yakine, un nom qui a déjà fait parler de lui, il y a déjà un bon bout de temps.

Le hasard a fait que je le rencontre enfin lors du Tedx Ibnozohr d’Agadir en tant que speakers, et juste après on a eu une longue discussion avec d’autres amis.

Cela fait 5 ans qu’il a décidé de tout plaquer pour partir en quête de la réalisation d’un de ses rêves d’enfance. Et cela lui a pris 3 ans pour bien se préparer à cette aventure.

Issu d’une famille simple, d’un quartier populaire à Casa (Sbata), il est fier de ses origines. Son père lui faisait confiance et lui donnait toute la liberté qu’il fallait, depuis son jeune âge, pour prendre ses propres décisions.

D’où lui est venue l’idée de faire le tour du Maroc à pied?

Etant enfant de 12 ans, il est tombé par hasard sur une vidéo du grand spécialiste des déserts. Le Français Theodore Monod, et c’est à partir de là qu’il est né son désir pour l’aventure, les voyages et l’envie d’explorer le désert.

A 14 ans, son père avait l’habitude de le déposer chaque samedi, après l’école, à la gare Oulad Ziane, lui donner une petite somme d’argent et lui demander de prendre le premier autocar qu’il va trouver. Puis c’était au jeune adolescent de se débrouiller pour qu'une fois arrivé à destination, il puisse revenir en fin de weekend pour ne pas rater l’école.

Un modèle à donner à tous les parents actuellement qui craignent tellement pour leurs enfants qu’ils freinent leur développement.

Anass avait fait son parcours entre école primaire, collège et lycée avant de débarquer à la faculté de sciences économiques, sans trop savoir pourquoi.

Le déclic ?

A l’université des Sciences économiques, il était dégoûté par le système académique, ce qui l’a démotivé à étudier. Au bout du 4ème module, et au cours de la phase de préparation, il a commencé à se poser plein de questions : ‘Qu’est-ce que je fais là ? Est-ce que c’est vraiment ce que je veux ?’

Il n’arrivait pas à s’imaginer en train de travailler dans un bureau, avec une cravate. Il n’était pas sûr de ce qu’il voulait mais déjà certain de ce qu’il ne voulait pas. Il a laissé tomber ses études avec la forte détermination de prendre sa vie en main et ne plus jamais se laisser aller avec le conformisme facile et frustrant qui se déchaîne sur les humains comme un mal nécessaire.

Il a osé en parler à ses parents et leur avouer sa volonté de concrétiser un vieux rêve d’enfant : faire le tour du Maroc à pied. Son père a compris son positionnement sur le champ et l’a soutenu. Sa mère a pris un peu de temps avant d’accepter sa décision et de l’épauler à son tour.

Néanmoins, c’était la galère avec les commentaires de son entourage (pour la plupart négatifs), et encore davantage pour accéder à des sponsors.

Le sponsoring était loin d’être une tâche facile, vu que la plupart de ceux à qui il a fait appel, hormis le fait qu’ils lui ont fermé la porte au nez et rejeté sa demande, ils se sont faits un plaisir de le critiquer et de lui adresser des remarques sarcastiques : « Tu n’as rien trouvé à faire à part cela ? Va chercher du travail mon fils ! »

Ce qui ne l’a pas dissuadé à avancer dans sa quête. Ce sont les siens qui lui ont proposé de financer son voyage : ses parents et son oncle. Il a bénéficié également du soutien de son ami Reda allali; chanteur  du groupe Hoba Hoba Spirit et journaliste à la revue Telquel; ainsi que son ami; l'humoriste Jamal Debbouz.

Les 3 interdits d’Anass ?

  1. L’école Marocaine : Il a fait le sermon de ne jamais y mettre le pied, ni même laisser un de ses futurs enfants le faire.
  2. La cravate
  3. Le CV

C’est quoi l’histoire de son Nounours ?

Anass a une vraie histoire d’amour avec son Nounours qu’il appelle tout simplement ‘Nounouss’. Le secret de son attachement à ce petit ours relève du fait que sa maman l’a fait par sa main 3 mois avant qu’Anass naisse. Depuis, ils sont inséparables. Il est son compagnon idole lors de son voyage.

Quand je lui ai posé la question : « Si jamais ça t’arrive de le perdre, qu’est-ce qui va se passer? »

Il m’a répondu : « Je n’ose même pas l’imaginer ! Deux choses auxquelles je me faisais du souci avant d’entamer mon voyage : mes parents sachant que je vais m’éloigner d’eux assez longtemps, et mon Nounouss… !Non je ne peux pas y penser ! »

Comment les autres voient cet attachement ?

Parfois ils s’en moquent. Mais j’aime ce côté-enfant chez moi. Je suis et je reste un enfant. D’ailleurs pourquoi grandir ? Pourquoi ne pas grandir tout en restant enfant ? J’aime être fou, spontané et limpide comme un enfant, ça me flatte !

Quand je dors tout seul à la belle étoile, en plein désert je me vois tout petit face à la grandeur de l’univers, tel un enfant avec son Nounours et au même temps tout grand comme j’ai osé relever ce défi.

Le désert m’a appris plein de choses, parmi lesquelles la modestie. Où nous en sommes, nous les humains, avec toute cette grandeur du Grand Dieu ? Je m’étonne de voir tant de gens orgueilleux…Un homme c’est rien par rapport à la magnificence de l’univers. Alors soyons humbles ! »

Son histoire avec les livres ?

Anass s’avère être un peu sceptique par rapport aux livres. Il n’a jamais lu les romans de Paoulo Coelho, mais il les a vécus en quelque sorte. Il a entendu parler d’un livre intitulé « Qu’est-ce que je fais là ? » dont l’auteur disait : «  Le domicile de l’Homme ce n’est pas une maison, c’est la route. Et la vie est un voyage à faire à pied ».

Quand je lui ai demandé pourquoi il n’a rien lu à Coelho? il m’a répondu calmement : « Pourquoi lire quelque chose que je peux vivre ? »

Son Speech au Tedx d’Agadir

Lors du Tedx, il a avoué au public qu’en l’espace de 4 mois de son aventure, grâce à ses rencontres avec les gens, avec le désert, la nature, etc. Il a vécu ce qu’il aurait pu vivre en 40 ans dans une vie ordinaire.

Parmi les rencontres qui l’ont marqué, celle d’un vieux pêcheur qui l’a accueilli un certain soir, qui ne possédait qu’une théière, une canne à pêche et une petite bouteille à gaz. Il a pêché 3 poissons ce soir-là et les a partagés avec Anass avant qu’ils s’endorment.

Une autre histoire, de deux gamins qui travaillaient dans un petit restaurant au Sud. Ils avaient préparé un micro-plat avec une toute petite omelette qui ne suffisait même pas à une seule personne. Une fois ils ont vu Anass monter en haut du café pour dormir, ils l’ont appelé pour venir partager avec eux leur minuscule repas. Anass a été à la fois, choqué et impressionné  par leur geste. Ils lui ont donné une vraie leçon sur le partage.

Après son voyage ?

Quand je lui ai demandé ce qu’il compte faire une fois rentré au bercail, j’étais impressionné de voir une autre facette d’un Anass bien organisé, qui a déjà planifié un tas d’objectifs pour  son retour. Ce qui se contredit avec l’idée stéréotypée qu’on a tendance à avoir à l’égard des globe-trotters qui n’ont aucune idée de ce qu’ils vont devenir une fois rentrés.

Anass a déjà un projet de monter une boite de production avec une amie sur Casa, et ils vont commencer par produire son documentaire illustrant son parcours au Maroc à pied. Il a également l’intention d’écrire un livre sur le même voyage. Sans oublier son objectif d’étudier la cinématographie aux USA…Une To do liste qui ne risque pas d’être achevée !

Dans sa page sur Facebook ‘Le tour du Maroc à pied’, une phrase inspirante : «Je marche pour arriver à l'heure à destination qui n'est guère un lieu mais un point d'épanouissement et de maturité».

Je l’ai quitté dimanche soir, en compagnie de ses amis. Il a l’intention de quitter Agadir et poursuivre sa marche vers Taghazout avec une autre aventurière, Inass, une jeune fille d’une vingtaine d’années qui a osé faire une année sabbatique, et qui est venue de Rabat spécialement pour le rejoindre et marcher avec lui côte à côte pendant une semaine jusqu’à Imsouane. 

Anass, tu ne sais pas à quel point t’es devenu une source d’inspiration pour chacun qui entend parler de toi et de ta noble cause. Nous sommes fiers de toi, et nous te soutenons inconditionnellement. Go Go Go !

 Zineb El Mandoubi