Des étudiants m’interrogent, car ils souhaitent en savoir plus sur le métier de consultant. C’est vrai que c’est un métier parfois trop méconnu. Certains aspects du métier peuvent susciter le rêve, rêve pouvant conduire à une vocation. D’autres aspects étonnent.

En tout cas, pour moi, c’est un métier qui souffre de beaucoup d’incompréhension. Alors, levons partiellement le voile sur ce métier atypique.

Commençons par souligner qu’il n’y a pas un type de consultant. La consultance est multiple et peut prendre beaucoup de forme. Chaque métier a ses consultants. En fait, la seule chose qui rapproche les consultants de tout bord, c’est la relation spécifique nouée avec l’entreprise. Un consultant, c’est en principe un expert qui se met temporairement au service de l’entreprise. Il vient pour une mission définie contractuellement. Dans la majorité des cas, il a une obligation de résultat, puisqu’il y a un ou plusieurs « livrables » à remettre. Selon les configurations, il travaillera soit au sein d’une équipe de consultant, équipe constituée soit par le client, soit issue de son employeur, c’est-à-dire un cabinet de consultance, soit seul, soit au sein d'une équipe du client.

Selon les spécialités, son rôle peut aller de la simple production à celui de guide ou de conseiller. En général, un consultant est quelqu’un qui possède une expertise pointue que l’entreprise recherche pour une courte période. L’entreprise ne ressent pas le besoin d’investir dans cette expertise en structure. Parfois, l’entreprise n’a d’autre choix que de passer par un consultant. C’est le cas des consultants qui certifient les entreprises. On comprend aisément que l’entreprise doive passer par des externes pour évaluer sa conformité aux normes.

En fonction de l’âge, de l’expérience et de l’ancienneté du consultant, ses tâches pourront aller de simples tâches d’exécution à des tâches de gestion de projet ou de manager d’équipe.

Dans certaines spécialités, un consultant est quelqu’un qui, dans sa carrière, aura croisé et résolu significativement plus de problèmes que la moyenne des cadres et managers des entreprises. C’est normal. Il a fait de la résolution des problèmes un métier.

Compte-tenu de l’obligation de résultat et du budget défini par le marché, le métier de consultant est habituellement un métier qui demande de s’investir et de ne pas compter ses heures. En mission, travailler jusqu’à seize heures par jour, voire plus, est la norme dans certaines spécialités.

Le côté agréable du métier, c’est qu’on change virtuellement de patron tous les trois à douze mois. En même temps, c’est un métier où la mobilité est omniprésente. Cela peut sérieusement impacter la vie de famille ou le projet d’en avoir une. C’est un métier qui peut totalement désocialiser celui qui le pratique.

Certains voient dans le métier une opportunité de voyager. C’est vrai que pour voyager, on voyage ! Un moment dans ma carrière, je prenais jusqu’à six avions par semaine. Mais le métier ne vous laisse que peu de temps pour aller à la rencontre des contrées visitées. Il faut savoir que les temps de voyage ne sont habituellement pas considérés comme du temps de travail par les cabinets, car c’est du temps non facturé. Le cabinet doit déjà couvrir le coût du déplacement.

 De quelles qualités doit jouir un consultant ? Certes, il doit maîtriser sa spécialité. C’est un minimum. Mais avec cela, il ne va encore nulle part. Il faut comprendre qu’il est rarement le bienvenu dans l’entreprise. Si son client l’a embauché, son personnel par contre voit rarement sa venue d’un bon œil, car il sait qu’il y a du changement dans l’air. Or le changement crée de l’incertitude, et l’incertitude crée de la résistance. C’est pourquoi un consultant doit être aussi quelqu’un doué d’une formidable intelligence émotionnelle et d’une grande psychologie. Avoir les compétences d’un coach est un minimum. Le consultant doit avoir du caractère et de la flexibilité. Il doit être créatif, savoir penser en dehors de la boîte, être capable de sauter d’un paradigme à l’autre, voire de créer de nouveaux paradigmes pour ses clients. Et surtout surtout surtout, il doit savoir accompagner ses clients tout en douceur vers l’adoption de ses nouveaux paradigmes. Un consultant, c’est quelqu’un qui, dans bon nombre de spécialités, doit être un expert en conduite du changement.

À côté de cela, c’est quelqu’un qui doit avoir une gestion de son mental et de ses émotions hors du commun. Son travail consistant souvent à faire bouger les frontières, il doit garder intacte sa bienveillance, le respect, sa gentillesse même en situation très hostile. Il faut savoir qu’un consultant, cela s’agresse. Et cela arrive beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine. Sans une grande hygiène mentale, une bonne dose d’abnégation et beaucoup de patience et de sagesse, le consultant vieillit avant l’âge ou disparaît. Clairement, c’est un métier dans lequel on peut durer que parce qu’il fait sens pour soi. Sinon, on ne résiste pas aux assauts du temps.

Il fut un temps où le consultant était généralement quelqu’un d’un certain âge. C’était une personne qui avait déjà toute une carrière réussie derrière lui. C’est fort de son expertise acquise tout au long de son parcours qu’il pouvait prétendre devenir consultant.

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé. J’observe que beaucoup de cabinets recrutent de jeunes consultants. En fait, ces juniors sont souvent placées ou utilisées comme des ressources intérimaires. Au mieux, ils se verront confier des études à réaliser. Habituellement, ils seront donc utilisés comme « techniciens ». En même temps, c’est normal. D’ailleurs, le monde de l’entreprise fait la même chose pour les non-consultants. C’est avec le temps et les formations – souvent données en interne – qu’ils développeront progressivement leurs compétences « tactiques ».

Côté rémunération, cela peut être très variable. En fait, le consultant est un produit. Il répond à la loi de l’offre et de la demande. Au plus il sera expérimenté, au plus il sera recherché auprès de lui cette expertise pointue et au plus il aura de la valeur.

Enfin, le conseil que je donnerais à un jeune qui souhaite embrasser une belle carrière de consultant serait de prendre d’abord le temps de faire ses armes au sein d’un ou plusieurs emplois, d’acquérir une connaissance très intime de ce qu’est une entreprise, de ses modes de fonctionnements, de ses cultures, de ses modes organisations, d’apprendre à travailler avec tous types de personnalités tout en préservant son intégrité.