J'ai croisé l'article de Muslim Santé sur la PNL. Les arguments me laissent rêveur ...

Tentons de répondre à ce qui est avancé. Je vais le faire tant au niveau de ce qu'est la PNL pour moi, mais aussi à un niveau plus spirituel. Je peux comprendre que cette dernière dimension peut gêner certains lecteurs. En même temps, c'est le sujet. Donc, pour ceux qui ne seraient pas à l'aise avec ces propos, je les invite respectueusement à simplement à passer à autre chose.

Avant de commencer, je me mets sous la protection de Dieu en Lui demandant de me préserver de l'erreur.

Je pense qu'il est légitime de s'interroger sur certaines pratiques. Il est sain de vouloir comprendre et chercher à se protéger de l'erreur. En même temps, je trouve un peu sidérant les arguments avancés, tant ils me paraissent loin de mon expérience et de ma réalité.

Avant d'étudier la PNL, c'est vrai que j'ai choisi de faire un long travail d'introspection pour définir correctement les limites qui me permettent de rester en paix avec ma conscience. C'est un travail que je conseille d'ailleurs à quiconque veut aborder ces savoirs. Jusqu'où est-il légitime d'aller, à partir d'où doit-on s'arrêter ? En jeu : la liberté de l'autre et le respect de sa différence.

Plusieurs points de friction sont abordés dans l'article publié par Muslim Santé :

  • la modélisation
  • l'influence
  • le rapport au divin
  • l'origine païenne (et opposition à la législation islamique)

La première chose à dire, c'est qu'un praticien n'est pas là pour imposer sa vision du monde, ni même imposer un objectif à la personne. C'est la personne qui consulte qui définit son objectif. Le praticien accompagne cette personne dans la définition de son objectif en vérifiant que ce dernier réponde à un ensemble de critères qui en font un objectif viable et constructif pour la personne. C'est ainsi que le praticien vérifiera auprès de la personne si l'objectif posé est, pour elle, sain tant pour elle que pour son entourage.

Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un praticien accompagne une personne dans un processus de travail. Le contenu à l'intérieur de ce processus est apporté par la personne. Le praticien n'est là que pour permettre à la personne d'accéder à ses ressources personnelles - ressources, pour moi, données par Dieu à l'homme - afin de lui permettre de passer au niveau supérieur dans son développement personnel. Peut-être pourrions-nous comparer cela à une forme d'introspection. En tant que croyant, je pense que nous avons zéro pouvoir sur le monde, sur l'expression du destin, sur les événements et sur les autres. Par contre je pense que Dieu, dans Sa Sagesse et par Amour pour l'homme, l'a contraint à subir les conséquences de ces choix. Dieu nous a donc rendu responsables de nos choix et de nos efforts. Il nous a invité aussi à travailler à devenir meilleur de façon à pouvoir Le rencontrer satisfait de nous le jour du jugement dernier. Le croyant peut donc se dire, qu'avec l'aide de Dieu, il fournit les efforts pour s'améliorer à l'intérieur. D'ailleurs, en termes de destin, si Dieu n'avait pas voulu et écrit que la personne solliciterait l'aide d'un praticien pour avancer, aurait-elle pu le faire ?

Non, le rapport au divin n'est pas banni, comme le prétend l'article. La démarche PNL peut être pratiquée avec toute la spiritualité voulue par celui qui consulte. Qu'est-ce qui l'empêcherait de dire « Bismillah » avant de commencer la séance, avec la ferme intention que l'issue de toute démarche ne dépend que de Lui ? Qu'est-ce qui l'empêcherait de voir, dans cette pratique, une Grâce de Dieu offerte à l'homme moderne pour l'aider à dépasser certaines situations où il s'est piégé et d'où il ne parvient seul à en sortir ? Dieu n'a-t-Il pas donné tous les savoirs à Adam ? N'en sommes-nous pas ses fils et ses filles ? La PNL, comme d'autres approches, n'est-elle pas un savoir accordé par Dieu à l'homme. Si Dieu n'avait pas voulu que nous l'ayons, l'aurions-nous ? Maintenant, comme toute chose que Dieu nous donne, il y a deux façons principales de l'utiliser : pour le bien ou non, dans les limites légitimes posées par Lui. Qu'est-ce qui empêcherait un praticien croyant et savant de parler de religion avec un patient croyant ? Rien ! D'ailleurs, certain le font.

Pour en venir aux arguments avancés, la modélisation ne se cantonne pas dans l'identification de modèles de réussite socio-professionnelle. Certain le font, c'est vrai. En même temps, plein de choses peuvent être modélisées, comme le fait d'être heureux par exemple. Comme être heureux est un choix indépendant des circonstances extérieures, le fruit de la modélisation peut aider certaines personnes piégées dans la souffrance de prendre conscience et pratiquer un autre chemin de pensée qui les aide à poser dorénavant un choix différent. D'ailleurs, la modélisation peut être réalisée sur la personne elle-même en lui faisant explorer ses expériences passées. Ce chemin de pensée, qui dit qu'il doit nécessairement être étranger à Dieu et l'abondance de Ses Bienfaits ? La gratitude envers Dieu pourrait très bien faire partie du chemin identifié.

Un praticien, en effet, possède comme tout humain la capacité d'influencer les autres, pas de le contrôler ! Je pense qu'il est futile de débattre de l'influence. Lorsque je parle, je suis déjà en influence, puisque je poursuis l'objectif de me faire comprendre. D'ailleurs, le cheikh qui répond est lui aussi en influence, puisqu'il espère convaincre les autres à partager son point de vue. La question n'est donc pas de savoir s'il y a influence, mais si cette influence est exercée avec éthique et probité. Un critère essentiel pour moi est celui de laisser à l'autre sa liberté de choix, car c'est ce que Dieu a donné à tout humain. Il en est seul responsable. Je n'ai pas à y mettre les doigts. À travers ce qu'on appelle le langage de Milton, le praticien s'efforce à accompagner celui qui le consulte à s'ouvrir à un champ personnel d'infinies possibilités, champs dans lequel il fera ses propres choix en toute liberté. Donc, non, le praticien n'a pas - et n'aura jamais - la télécommande en main.

Selon l'article, certains savants conseilleraient que « le musulman ne dev(r)aient pas se fier à ces techniques et se rattacher plutôt aux enseignements prophétiques de risque d'être troublés par des ambiguïtés propres à la PNL. Ce serait bien de connaître les ambiguïtés auxquelles ils font référence. S'il y a ambiguïté, c'est uniquement dans l'esprit de celui qui aborde la PNL. Quelles sont les croyances que celui qui consulte a bâties autour de la pratique ? De cela, le praticien n'est pas responsable. Évidemment, si un praticien promet monts et merveilles, il devient responsable de cette confusion. Mais cela n'entache pas la PNL elle-même. Cela entache seulement ce praticien. De tout temps, cela a toujours existé. Combien sont à la recherche d'amulettes ou de grigris censés leur apporter santé, bonheur ou fortune ? Est-ce que le praticien est responsable si la personne a cela dans ses pensées ? Non. Par contre, à travers le travail sur l'objectif, ce sont des choses qui vont se clarifier et celui qui consulte est invité à poser de meilleurs choix pour de meilleures raisons. Ensuite, ce sera sur ces nouveaux choix que le travail reposera.

Il y a une voie de l'Islam que beaucoup de Cheikh abhorrent, c'est le soufisme. Le soufisme, c'est le champs des sciences intérieures, c'est la spiritualité personnelle. L'Islam des imams, c'est la Loi, la spiritualité dans sa dimension légale et extérieure. Les soufis sont devenus rares aujourd'hui. Pourtant, les hommes et les femmes d'aujourd'hui continuent à souffrir dans leurs vies. Pour moi, dans une vision sociale des choses, le soufi de l'époque (pris au sens large : celui qui avait une vie spirituelle intérieure riche et, Dieu est plus savant, une véritable proximité à Dieu), c'était probablement le psychologue d'aujourd'hui. Il aidait ses contemporains à tirer du sens des épreuves qu'ils vivaient, et les aidaient à progresser dans leur relation spirituelle intime. Les soufis n'ayant plus pignon sur rue, les hommes et les femmes d'aujourd'hui, toujours dans le besoin, se sont tournés vers les professionnels du développement personnel. Au Maroc, un certain nombre de ces professionnels ont probablement une foi vivante et vivace.

Pour parler avec certains confrères, c'est incroyable de nombre de ponts ou de rapprochements qui peuvent être fait entre les pratiques de la PNL, par exemple, et les enseignements issus de la religion. La PNL reposant sur des processus cognitifs, elle ne peut être étrangère aux expériences humaines. La spiritualité est une expérience humaine.

L'article pointe aussi l'origine païenne de la pratique. Sincèrement, je ne vois pas de quoi on parle ici. Que je sache, la PNL n'est pas une religion, ni une philosophie, et encore moins une idéologie. Tout comme la physique, la chimie ou la mathématique, c'est une connaissance laïque, oui. Mais de grands hommes, comme Ibn Sina, Abbas Ibn Firnas, Al Khawarizmi, Al-Razi, Ibn Khaldoun, Cherif El Idrissi, Jabir Ibn Hayyan, Ibn Rochd, Taqi-Al-Din ou Abu Al-Qasim Al Zahrawi, dont les musulmans modernes aiment à rappeler le nom et le travail, ont eux aussi apporté leurs contributions aux connaissances modernes. Si nous devions pointer l'origine païenne de leur travail, ne seraient-ils pas à mettre à l'index ? Ne devrions-nous pas oublier leur contribution, abandonner les connaissances qu'ils nous ont apportées, fuir la médecine, la mathématique, la physique, la chimie, la chirurgie ... ? Cela paraît absurde, n'est-ce pas ?

Alors oui, il y a l'approche prophétique, faite de dévotion, de prière, de confiance en Dieu. Et, pour un croyant gnostique, c'est certainement la meilleure voie. La voie des pieux et des initiés. La voie de ceux qui ont choisi de cheminer vers Dieu et qui, grâce à Dieu, ont acquis des dons et des grâces spirituelles qui les rend forts. C'est une voie à laquelle les religieux devrait inviter tout le monde, c'est certain. En même temps, ce n'est pas une voie que tout un chacun choisit de suivre, nous le savons. Alors ? Le croyant que je suis doit-il laisser sur le bord du chemin un homme ou une femme - une créature de Dieu - en souffrance alors que Dieu lui a accordé à travers les connaissances qu'il a acquise des outils pour tendre la main vers ces personnes et leur offrir une démarche personnelle et respectueuse pour aller mieux ?