Non, je ne cherche pas à semer la confusion, quoique. Allez savoir. Peut-être que c'est plus fort que moi ...

En même temps, plus sérieusement, un coach est, en principe, quelqu'un qui, avec le temps et l'expérience, développe une connaissance de plus en plus intime de l'humain. Nombreux sommes-nous peut-être, mus par l'enthousiasme et le désir sincère d'aider, à avoir un jour dépassé les limites que nous impose notre métier. La vie ne s'est probablement pas gênée pour nous le rappeler avec fermeté, voire une certaine violence.

Pour paraphraser, je pense sincèrement qu'un grand savoir vient avec une grande responsabilité. De quoi je parle, me direz-vous. C'est quoi ce pouvoir qu'auraient un coach qui pèserait sur ses épaules telle une malédiction ?

Pour bien faire son métier, le coach apprend à observer. Il apprend aussi à écouter à une autre niveau. Il est en principe capable de relever les contradictions internes, les erreurs de pensées ou de jugement. Il développe son empathie. Il peut ainsi distinguer la souffrance profonde que tente de cacher un sourire. Il relève sans difficulté les mensonges volontaires ou par ommission. Il lit un peu dans les émotions des autres comme à livre ouvert. Bref, un coach est en principe capable de voir beaucoup de choses. Avec les années et l'expérience, il ne doit même plus fournir d'effort pour cela. C'est tout simplement dans sa nature de les voir, tout comme certains animaux distinguent des réalités sur d'autres longueurs d'ondes que nous.

Beaucoup de coachs sont coachs probablement aussi parce qu'ils aiment venir au secours des autres. Ils aimeraient tant que chacun vive heureux, dans le confort d'un bonheur durable et maîtrisé. Que dire lorsque l'autre est un membre de la famille, son enfant ou son conjoint ? La tentation est parfois grande.

J'observe aussi que certains, souvent plus jeunes, se sont tournés vers cette profession centrée sur le développement personnel, car cela leur donnait (l'illusion d'avoir) du pouvoir. C'est vrai que, mal utilisé, ces savoirs peuvent amplifier la capacité à manipuler l'autre.

Lorsqu'on « sauve » quelqu'un, il faut savoir qu'on lui fait un double tord : non seulement, on lui vole sa responsabilité, mais aussi on l'empêche de grandir. Et je trouve que c'est une lourde responsabilité qu'on se met sur le dos. Qui sommes-nous pour déposséder un autre à ce point ? Le commun des mortels voit la souffrance ou les épreuves comme un mal. Un mal dont il faudrait soulager les autres. Pourtant, privé de ces épreuves et de ces souffrances, comment pourrions-nous grandir ? Une épreuve, cela nous invite à nous dépasser. Cela nous pousse à aller puiser plus profondément dans nos ressources pour y puiser les forces et les capacités pour dépasser la situation. Les souffrances sont souvent les conséquences légitimes de nos mauvais choix. Cette souffrance est là pour nous apprendre que nous devrions poser un choix plus avisé. Sans ce feed-back de la vie, comment acquerrait-on de la sagesse ?

En tant que coach, il y a donc plein de choses que je vois qui ne me regardent pas. Je n'ai pas à intervenir ou à vouloir changer le cours des choses lorsque la personne, même proche, ne m'a rien demandé. Chacun a le droit de vivre sa vie et de poser ses choix. C'est une liberté fondamentale, si pas « LA » liberté fondamentale de tout un chacun. Qui suis-je, moi, pour interférer avec cela ? Et si un choix mal posé a des conséquences, c'est que c'est probablement une leçon utile pour l'autre. Qui suis-je, à nouveau, pour priver l'autre des bénéfices d'un tel apprentissage.

Un coach, cela voit beaucoup de choses, et pourtant il doit apprendre à fermer les yeux et laisser vivre les autres. Pour moi, c'est une limite ferme. Chaque fois que je l'ai dépassée, volontairement ou par mégarde, la vie m'a rappelé qu'il y a des limites à respecter. Un grand savoir vient avec une grande responsabilité.

J'observe que vous êtes nombreux sur les réseaux, et probablement dans la vie, à vous intéresser et à échanger autour du développement personnel. Je ne suis pas certain que ceux qui font ces échanges fassent du bien à nos contemporains. Il y a plein de raisons à cela. Celle que je retiendrai dans le cadre de cet échange, c'est le fait qu'ils « jouent » avec des connaissances, mais qu'ils n'ont pas (encore ?) appris les limites à s'imposer. Chacun fait les choses pour les meilleures raisons du monde probablement. Pourtant, ne dit-on pas que le chemin vers l'enfer est pavé de bonnes intentions ? Pour mieux comprendre mon propos, utilisons une métaphore : je peux être humble par orgueil. Cela nous interroge donc sur les raisons profondes de nos actions.

Le coaching est un beau métier. Ce serait absurde de ma part d'affirmer le contraire, n'est-ce pas ? En même temps, je pense que ceux qui entreprennent de devenir coach ou qui s'improvisent à l'être doivent prendre du recul et se définir une éthique et des limites claires. Chaque geste, chaque intervention, doit être parfaitement mesuré et mis en perspective. Une intention mal posée, un détail qui dissone, et nous voilà a avoir dépassé la limite fine qui sépare la légitimité d'une intervention d'une intrusion répréhensible.

Il y a plein de choses que je vois ... qui ne me regardent pas !